© Un projet de documentaire de Frédérique et Olivier HESPEL
Quand six jeunes d’un institut médico-éducatif passent de aidés à aidants.
À l’IME Maurice Chantelauze de la Chaise-Dieu (Haute-Loire), Andrea, Cédric, Doran, Florent, Frédéric, Jonathan, Mathias, Maxime, Raphaël font fièrement partie de l’équipe de « La Ramasse Solidaire » sous le regard bienveillant de Aurélie, David, Frédéric et Pierre, leurs éducateurs. Ce programme éducatif consiste à collecter différents dons de particuliers dans le but de les redistribuer aux associations caritatives ou de les recycler.

Cet atelier hebdomadaire de trois heures répond aux questions les plus sensibles lorsque l’on est porteur d’un handicap visible ou invisible. Comment trouver sa place dans la société ? Comment valoriser son image ? Sa capacité, son savoir-faire et savoir-être ?
Frédéric (14 ans) est très fort en manipulation technique alors que Jonathan (15 ans) est le seul du groupe à savoir écrire afin, par exemple, d’identifier les cartons. Comment vivre ensemble, travailler en groupe, participer à une action solidaire ? Cédric (16 ans), Jonathan (15 ans), Maxime (17 ans) et Raphaël (14 ans) se rendent tous les jeudis matin aux Restos du Cœur où une mission leur est confiée aux côtés d’autres bénévoles.
En leur permettant de sortir de l’IME et de rencontrer d’autres personnes, « La Ramasse Solidaire » favorise l’intégration des jeunes, leur permet d’acquérir les codes sociaux, et d’apporter à leur tour leur aide auprès de personnes en difficultés.
Enfin, les six jeunes découvrent le respect des horaires, des consignes, et comment adapter leurs tenues et postures de travail, une lutte pour Mathias (14 ans) atteint de trisomie qui peut passer des heures à bouder ou au contraire à jouer et colorier comme un enfant de 5 ans.
Cet atelier créé de toutes pièces par l’équipe éducative de l’IME met en pratique les notions de solidarité et de citoyenneté de manière adaptée, permet de confronter les jeunes à une ouverture sur l’extérieur à travers une activité reconnue comme utile socialement, et leur ouvre un accès à l’autonomie et à l’insertion sociale.
Nous avons déjà eu la chance de travailler durant l’année 2022-2023 à l’IME Maurice Chantelauze. Nous avons animé tous les mardis après-midi un atelier cinéma auprès de six jeunes, dont la finalité a été la réalisation d’un court-métrage. Toute l’équipe éducative ainsi que les jeunes nous ont ouvert les bras et offert leur confiance. Nous ne savons rien du handicap de ces derniers. Et pour être tout à fait honnêtes, cela ne nous intéresse pas car ce n’est pas ce qui les définit à nos yeux. Bien évidemment, nous sommes conscients que la plupart sont porteurs de handicaps invisibles (déficience intellectuelle avec ou sans troubles associés), d’autres d’handicaps plus « connus » ou plus « visibles » (l’autisme, la trisomie…). Cependant, ces jeunes nous ouvrent d’autres horizons, une autre vision du monde. Notre rencontre est de l’ordre du respect de la différence, de la richesse de l’échange et de cette vague d’énergie qu’ils nous offrent à chaque moment.

Lors de nos repérages et pré-tournage afin de réaliser un teaser, nous avons pu constater que la présence de notre caméra au plus proche des jeunes, n’est pas un problème. Ils ont rapidement intégré notre présence parmi eux ainsi que celle de notre matériel, des termes techniques (dont ils s’amusent dès qu’ils nous voient). Nous savons d’ores et déjà que nous aurons la possibilité de les suivre au plus près durant « La Ramasse Solidaire » sur toute une année, mais aussi dans leur quotidien au sein de l’IME (en classe, au réfectoire, dans les dortoirs, l’espace de vie commune), mais aussi dans leur famille le temps d’un week-end.
Ce que nous souhaitons filmer est leur métamorphose progressive grâce à cette socialisation, à cette ouverture sur le monde extérieur durant leurs semaines très cadrées à l’IME et leurs week-ends en famille. Cette place qu’ils vont parvenir à acquérir petit à petit dans la société, mais aussi au milieu de leurs paires ou encore face à leurs parents et fratrie.
Ce qui nous touche particulièrement dans ce projet sont les enjeux sociétaux. Comment ces « aidés » vont endosser peu à peu le rôle d’aidants. Comment ces jeunes « différents » vont trouver leur place dans notre société, cette société qui table sur l’inclusion sans vraiment leur en donner les moyens.
Pour ces jeunes, passer un coup de téléphone pour une prise de rendez-vous, expliquer le projet au donateur, recevoir des consignes des responsables des associations dans lesquelles ils interviennent, représente une lutte de chaque instant. Ainsi, chaque pas en avant, chaque réussite, aussi minuscule soit-elle pour tout un chacun, devient pour eux une victoire incommensurable qu’ils partagent fièrement avec leurs paires, leurs éducateurs mais aussi avec nous.


Nous avons en effet instauré avec les jeunes une relation privilégiée, basée sur la confiance et l’entente mutuelle. Nous sommes arrivés comme des « étrangers ». À deux. Une femme et un homme. Travaillant en couple. Nous avons dû nous faire accepter avec notre différence, leur expliquer avec des mots simples ce qui nous anime, nous livrer à eux. Nous sommes parents, nous ne pouvons rester insensibles face à ces adolescents avec qui nous avons tissé des liens très forts. Petit à petit, nous sommes entrés dans leurs quotidiens et notre présence est devenue une référence temporelle.
C’est pourquoi avons envie de montrer que ces jeunes font partie de la société à part entière. Lors d’une sortie exceptionnelle et extraordinaire, nous avons pu constater que certains de nos concitoyens se sentent mal à l’aise face à la présence « différente » de ces jeunes, allant même jusqu’à changer de trottoir. Nous refusons ce comportement. Nous ne pouvons accepter que ces êtres humains soient traités comme des bêtes de foire. Nous voulons montrer au spectateur leur grandeur d’âme et de cœur, leur ouverture aux autres, leur ténacité dans ce combat journalier, leur incompréhension face à la réaction de la société à leur égard, leur envie d’en faire partie tout simplement même s’ils savent, nous savons, que le chemin sera long et sinueux.
Les mettre au cœur de notre société.
Leur offrir la lumière qu’ils méritent.
La place qui leur revient de droit.


